SEO multilingue

Le SEO d’un site multilingue

Traduire son site paraît être un moyen simple de multiplier son audience. En pratique, un site multilingue mal construit produit trois versions qui se concurrencent, un budget d’exploration divisé, et des visiteurs envoyés dans la mauvaise langue.

Voici les décisions structurantes, dans l’ordre où elles se posent.

D’abord : langue ou pays ?

La confusion la plus fréquente, et celle qui coûte le plus cher à corriger.

  • Le ciblage linguistique s’adresse à tous les locuteurs d’une langue, où qu’ils soient. Une seule version francophone pour la France, la Belgique, la Suisse et le Québec.
  • Le ciblage géographique distingue des pays partageant parfois la même langue, parce que l’offre, les prix, les délais ou la réglementation diffèrent.

Le second est nettement plus lourd : il multiplie les versions, et deux versions dans la même langue se concurrencent mécaniquement. Ne l’engagez que si votre offre diffère réellement d’un pays à l’autre. Dans le doute, commencez par le ciblage linguistique.

La structure d’adresses

Trois options, avec des implications différentes.

Les sous-dossiers

Toutes les versions vivent sur le même domaine, dans des dossiers distincts. C’est l’option la plus simple et la plus recommandable dans la majorité des cas : un seul domaine à administrer, un seul certificat, et l’autorité accumulée profite à l’ensemble.

Les sous-domaines

Séparation plus nette, utile si les versions sont gérées par des équipes différentes ou hébergées séparément. En contrepartie, les moteurs les traitent avec une certaine indépendance, ce qui dilue davantage.

Les domaines nationaux distincts

Le signal géographique le plus fort, et le plus coûteux : autant de domaines à acquérir, à administrer et à faire monter séparément. Chaque domaine part de zéro en termes d’autorité. Réservé aux projets réellement multi-pays avec des moyens à la hauteur. Le sujet du choix d’extension est traité dans notre article sur les extensions de domaine.

Les déclarations de correspondance

C’est le mécanisme qui indique aux moteurs que plusieurs pages sont des versions d’un même contenu dans des langues différentes. Sans lui, vos versions apparaissent comme des pages distinctes, potentiellement concurrentes.

Quatre règles à respecter, et elles sont strictes.

  1. La déclaration doit être réciproque. Si A désigne B, B doit désigner A. Une déclaration unilatérale est ignorée.
  2. Chaque page doit se déclarer elle-même en plus de déclarer ses équivalents.
  3. Les adresses doivent être absolues et exactes, sans redirection intermédiaire.
  4. Prévoyez une version par défaut pour les visiteurs dont la langue ne correspond à aucune version.

Ces déclarations se gèrent généralement par une extension dédiée. Vérifiez tout de même le résultat dans le code source d’une page : les erreurs de réciprocité sont fréquentes et silencieuses.

La traduction elle-même

  • Traduisez les URL. Une adresse en français dans la version anglaise est un signal incohérent et une gêne pour le visiteur. Les règles de structure restent celles de notre article sur la structure des URL.
  • Refaites la recherche de mots-clés dans chaque langue. C’est l’erreur la plus coûteuse : traduire un mot-clé ne donne pas le mot-clé utilisé dans l’autre langue. Les usages diffèrent, parfois radicalement. La méthode est dans notre article sur la recherche de mots-clés.
  • Traduisez aussi les balises, titres, descriptions, attributs d’images. Elles sont régulièrement oubliées par les outils de traduction automatique.
  • Adaptez plutôt que de traduire mot à mot les exemples, références culturelles et unités de mesure.
  • Maillez à l’intérieur de chaque langue. Un lien interne doit pointer vers la version linguistique correspondante, pas vers la version d’origine.

Le coût réel

C’est ce qui est systématiquement sous-estimé. Une version supplémentaire, ce n’est pas seulement une traduction initiale : c’est chaque nouvel article à traduire, chaque mise à jour à répercuter, chaque question de support à traiter dans cette langue, et une acquisition de liens à mener séparément — les liens d’un site francophone ne servent pas directement la version anglaise.

Comptez donc le coût de la version dans la durée, pas celui de la traduction. Beaucoup de sites multilingues à l’abandon ont été lancés en oubliant cette ligne.

Questions fréquentes

Sous-dossiers, sous-domaines ou domaines distincts ?

Les sous-dossiers dans la majorité des cas : un seul domaine à administrer, un seul certificat, et l’autorité accumulée profite à l’ensemble des versions. Les sous-domaines se justifient si les versions sont gérées par des équipes ou des hébergements différents. Les domaines nationaux distincts n’ont de sens que pour des projets réellement multi-pays disposant des moyens de faire monter chaque domaine séparément.

Faut-il une version par pays ou par langue ?

Par langue dans la plupart des cas. Une version par pays ne se justifie que si votre offre, vos prix, vos délais ou votre cadre réglementaire diffèrent réellement d’un pays à l’autre. Sinon, vous créez plusieurs versions dans la même langue qui se concurrencent mécaniquement, pour une charge de maintenance multipliée et un bénéfice difficile à démontrer.

Le contenu traduit est-il du contenu dupliqué ?

Non, une traduction est un contenu distinct. Le problème apparaît entre versions de même langue destinées à des pays différents, qui sont alors quasi identiques. C’est précisément le rôle des déclarations de correspondance : indiquer aux moteurs qu’il s’agit de versions d’un même contenu destinées à des publics distincts, et non de pages concurrentes.

Faut-il rediriger automatiquement selon la langue du visiteur ?

Non. La redirection automatique empêche un visiteur multilingue de consulter la version qu’il souhaite, ce qui est plus fréquent qu’on ne le pense, et le robot d’exploration peut ne jamais voir vos autres versions selon la configuration avec laquelle il se présente. Proposez un sélecteur de langue visible, éventuellement accompagné d’une suggestion, mais laissez toujours le choix.

Faut-il refaire la recherche de mots-clés dans chaque langue ?

Impérativement, et c’est l’erreur la plus coûteuse des projets multilingues. Traduire un mot-clé ne donne pas le mot-clé réellement utilisé dans l’autre langue : les usages, les formulations et parfois les concepts diffèrent. Une traduction littérale peut viser une expression que personne ne recherche, ce qui rend la version entière invisible malgré une traduction de qualité.

La traduction automatique suffit-elle ?

Sa qualité s’est nettement améliorée, mais une traduction automatique publiée sans relecture reste identifiable et souvent maladroite sur les formulations propres à un métier. Elle oublie par ailleurs régulièrement les balises, les titres et les attributs d’images. Utilisez-la comme point de départ, avec une relecture par quelqu’un qui maîtrise la langue et le sujet.

Combien coûte réellement une version supplémentaire ?

Bien plus que la traduction initiale, et c’est ce qui est systématiquement sous-estimé. Chaque nouvel article doit être traduit, chaque mise à jour répercutée, chaque demande de support traitée dans cette langue, et l’acquisition de liens doit être menée séparément. Comptez le coût dans la durée : beaucoup de versions à l’abandon ont été lancées en oubliant cette ligne.

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