audit site web

Racheter un site web : l’audit avant d’acheter

Racheter un site existant plutôt que d’en créer un est une opération qui a du sens : vous achetez de l’antériorité, des liens accumulés, du contenu indexé et parfois un revenu déjà établi. Vous achetez aussi, potentiellement, un trafic en déclin, un passif de liens, ou un site qui tient entièrement à une personne qui s’en va.

Voici l’audit à conduire avant de s’engager, dans l’ordre où il faut le mener.

Les quatre blocs de l'audit
La trajectoire : le trafic monte-t-il ou descend-il, et depuis quand ?
La dépendance : d’où vient réellement le trafic et le revenu ?
Le passif : historique du domaine, profil de liens, contenu à risque.
La transférabilité : ce qui survit au départ du vendeur.

Bloc 1 — La trajectoire

Un chiffre de trafic isolé ne vaut rien. Exigez un historique long, et regardez la pente.

  1. Demandez un accès en lecture à l’outil de suivi de recherche et à l’outil d’analyse d’audience, sur au moins vingt-quatre mois. Des captures d’écran ne suffisent pas : elles se fabriquent. Un vendeur sérieux accorde cet accès.
  2. Regardez la courbe, pas le total. Un site à dix mille visites mensuelles en baisse continue depuis un an vaut moins qu’un site à quatre mille en progression régulière.
  3. Repérez les ruptures. Une chute nette à une date précise a une cause : migration, mise à jour d’algorithme, perte d’une position clé. Demandez laquelle, et jugez la réponse.
  4. Vérifiez la saisonnalité en comparant les mêmes mois d’une année à l’autre. Une vente présentée en pleine saison haute peut masquer une année médiocre.

Bloc 2 — La dépendance

C’est le bloc qui détermine votre risque réel, et celui que les annonces de vente présentent le moins.

  • La concentration du trafic. Si trois pages font quatre-vingts pour cent des visites, votre acquisition repose sur trois positions. Une seule mise à jour d’algorithme peut les emporter.
  • La concentration du revenu. Un site dont les gains viennent d’un seul partenaire d’affiliation dépend d’un programme qui peut fermer, changer ses conditions ou vous refuser.
  • La part organique. Un site à cent pour cent organique est plus exposé qu’un site avec une audience directe, comme nous l’expliquons dans notre article sur la diversification des sources de trafic.
  • La dépendance à une personne. Un site dont l’autorité repose sur la signature d’un expert perd sa raison d’être quand celui-ci part. Vérifiez ce que vaut le contenu sans son auteur.

Bloc 3 — Le passif

L’historique du domaine

Consultez les archives du web sur plusieurs années. Un domaine ayant hébergé autre chose auparavant, ou ayant changé plusieurs fois de mains et de thématique, porte une histoire dont vous héritez. Le sujet est développé dans notre article sur les domaines expirés.

Le profil de liens

Analysez-le comme vous analyseriez celui d’un concurrent : cohérence thématique, régularité d’acquisition, répartition des ancres. Une accumulation soudaine, des ancres commerciales surreprésentées ou des liens venant de secteurs sans rapport indiquent une acquisition artificielle que vous récupérerez avec le site. La méthode est dans notre article sur l’analyse des backlinks.

Les actions manuelles

Demandez explicitement une capture de la section correspondante dans l’outil de suivi de recherche, et vérifiez-la vous-même une fois l’accès obtenu. Une action manuelle en cours change entièrement la valeur du site.

Le contenu

Prenez une dizaine de phrases au hasard dans différents articles et cherchez-les entre guillemets. Vous saurez immédiatement si le contenu est original ou repris ailleurs. Vérifiez aussi la propriété des images : c’est une source de litiges fréquente et transmissible.

Bloc 4 — La transférabilité

Ce qui reste une fois le vendeur parti, et ce qu’il faut faire figurer dans l’accord.

  1. Le nom de domaine, transféré à vous, avec les codes d’autorisation. C’est la seule chose réellement indispensable.
  2. Les comptes d’affiliation. Beaucoup de programmes ne se transfèrent pas : vous devrez recandidater, avec le risque d’un refus ou de conditions moins favorables. Vérifiez-le avant, pas après.
  3. La liste de diffusion, si elle existe, avec les conditions juridiques qui encadrent son transfert — un point à faire vérifier par un professionnel.
  4. Les accès techniques : hébergement, comptes d’outils, licences d’extensions, code personnalisé et sa documentation.
  5. Une période d’accompagnement, même courte. Un site comporte toujours des particularités que seul le vendeur connaît.
  6. Une clause de non-concurrence, pour éviter qu’il ne relance un site identique le mois suivant.

La rédaction de l’accord et les questions de propriété relèvent d’un professionnel du droit : ce qui précède décrit ce qu’il faut penser à vérifier, pas comment le formaliser.

Après l’acquisition

Une erreur classique consiste à tout changer immédiatement : design, structure, ligne éditoriale, hébergement. Vous ajoutez alors quatre variables à un site que vous ne connaissez pas encore.

Ne touchez à rien pendant deux à trois mois, sauf problème technique. Observez, comprenez ce qui fonctionne, puis engagez les changements un par un. Si une migration d’hébergement s’impose, suivez la procédure décrite dans notre article sur le changement d’hébergeur — et surtout, ne changez pas le nom de domaine.

Questions fréquentes

Que vérifier en priorité avant de racheter un site ?

La trajectoire du trafic sur au moins vingt-quatre mois, via un accès en lecture aux outils du vendeur plutôt que des captures d’écran, qui se fabriquent. Un site à fort trafic en baisse continue vaut moins qu’un site plus modeste en progression régulière. Vérifiez ensuite l’absence d’action manuelle, qui changerait entièrement la valeur de l’acquisition.

Comment repérer un trafic gonflé artificiellement ?

Regardez la cohérence entre les sources : un trafic important sans requêtes correspondantes dans l’outil de suivi de recherche est suspect. Vérifiez aussi la concentration : si trois pages font l’essentiel des visites, l’acquisition repose sur trois positions fragiles. Enfin, un site qui a explosé en six mois est plus risqué qu’un site stable depuis cinq ans, même à trafic égal.

Les comptes d'affiliation se transfèrent-ils ?

Souvent non : beaucoup de programmes exigent que vous recandidatiez sous votre propre identité, avec un risque de refus ou de conditions moins favorables que celles du vendeur. C’est un point à vérifier avant de s’engager, pas après, car il peut modifier substantiellement la valeur du site si le revenu en dépend largement.

Faut-il changer le site après le rachat ?

Pas immédiatement. Tout modifier d’un coup ajoute plusieurs variables à un site que vous ne connaissez pas encore, ce qui rend impossible tout diagnostic si le trafic bouge. Ne touchez à rien pendant deux à trois mois hors problème technique, observez ce qui fonctionne, puis engagez les changements un par un. Et ne changez jamais le nom de domaine.

Comment vérifier le passif de liens ?

Analysez le profil comme celui d’un concurrent : cohérence thématique des sites qui pointent, régularité de l’acquisition dans le temps, répartition des ancres. Une accumulation soudaine, des ancres commerciales surreprésentées ou des liens venus de secteurs sans rapport signalent une acquisition artificielle dont vous héritez avec le site, sans possibilité de la défaire.

Le contenu peut-il poser problème ?

Oui, à deux titres. Prenez une dizaine de phrases au hasard dans différents articles et cherchez-les entre guillemets : vous saurez si le contenu est original ou repris ailleurs. Vérifiez également la propriété des images, source de litiges fréquente et qui se transmet avec le site. Ces deux vérifications prennent une heure et évitent des problèmes durables.

Comment estimer le prix d'un site ?

Le marché raisonne généralement en multiple du revenu mensuel net, avec des écarts importants selon la stabilité, la diversification et le secteur. Cette question comporte une dimension financière qui dépasse le référencement, et nous ne sommes pas conseillers en la matière. Ce que l’audit vous donne, ce sont les éléments qui justifient de négocier à la hausse ou à la baisse.

Pour aller plus loin